Depuis toujours, l’assurance repose sur une idée relativement simple : les cotisations du plus grand nombre permettent d’indemniser ceux qui subissent un sinistre.
Cette logique fonctionne particulièrement bien lorsque les risques sont dispersés. Tous les assurés ne subissent pas un dégât des eaux, un accident ou un incendie au même moment.
Mais le paysage du risque évolue.
Catastrophes naturelles, cyberattaques à grande échelle, pandémies ou défaillances technologiques peuvent toucher simultanément des milliers, voire des millions d’acteurs.
Lorsque le risque devient collectif, la mutualisation atteint-elle ses limites ?
La mutualisation fonctionne grâce à la dispersion du risque
Le principe assurantiel repose en grande partie sur la capacité à répartir les pertes.
Une compagnie peut couvrir des milliers de logements contre l’incendie parce qu’il est extrêmement improbable qu’ils brûlent tous simultanément.
Les primes versées par l’ensemble des assurés permettent ainsi de financer les sinistres d’une minorité.
Mais certains événements remettent en cause cette logique.
Une tempête peut toucher une région entière. Une inondation peut endommager des milliers de logements en quelques heures. Une cyberattaque exploitant une même vulnérabilité peut affecter simultanément de nombreuses entreprises.
Le risque n’est alors plus seulement élevé : il devient corrélé.
Et plus les risques sont corrélés, plus ils deviennent difficiles à répartir.
Le climat rend cette question de plus en plus concrète
Le changement climatique constitue probablement l’exemple le plus visible de cette transformation.
Inondations, sécheresses, incendies et tempêtes augmentent l’exposition de certaines régions et génèrent des pertes de plus en plus importantes.
EIOPA estime qu’environ un quart seulement des pertes économiques provoquées par des événements naturels extrêmes en Europe ont été assurées entre 1980 et 2024.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de savoir combien coûtera un sinistre.
Il est aussi de déterminer si certains risques resteront économiquement assurables à long terme.
Dans les zones les plus exposées, l’augmentation des sinistres peut conduire à une hausse des primes, à davantage d’exclusions ou, dans les situations les plus extrêmes, à une réduction de l’offre de couverture.
EIOPA souligne d’ailleurs que certains risques climatiques sont trop importants, trop corrélés ou trop complexes pour être absorbés uniquement par le marché privé.
Quand le risque devient systémique
Le problème ne concerne pas uniquement le climat.
Prenons le risque cyber.
Si une entreprise est victime d’une attaque isolée, le principe traditionnel de l’assurance reste relativement applicable.
Mais imaginons qu’une faille soit découverte dans une technologie utilisée simultanément par des milliers d’entreprises.
Un seul événement pourrait alors provoquer des sinistres chez un grand nombre d’assurés au même moment.
On retrouve le même problème avec :
- une pandémie ;
- une panne majeure d’une infrastructure numérique ;
- une catastrophe naturelle d’ampleur exceptionnelle ;
- une rupture massive de chaîne d’approvisionnement.
Dans tous ces cas, la diversification devient beaucoup plus difficile.
Le modèle assurantiel doit donc apprendre à gérer non seulement la probabilité d’un sinistre individuel, mais aussi la possibilité d’un choc collectif.
La réponse passe par plusieurs niveaux de mutualisation
Cela ne signifie pas que la mutualisation est devenue inutile.
Au contraire, elle peut être élargie.
L’assureur constitue un premier niveau de partage du risque. La réassurance permet ensuite de transférer une partie de cette exposition vers d’autres acteurs. Les marchés financiers peuvent également intervenir, notamment avec certains instruments liés aux catastrophes.
Mais lorsque les pertes potentielles deviennent exceptionnellement importantes, cela peut ne plus suffire.
C’est précisément pour cette raison qu’EIOPA et le Mécanisme européen de stabilité ont proposé en 2026 d’étudier un mécanisme européen de partage des risques liés aux catastrophes naturelles.
Le modèle envisagé associerait notamment un système européen de mutualisation des risques et un mécanisme de soutien supplémentaire en cas de catastrophe majeure. Selon leurs travaux, diversifier les risques entre plusieurs pays et plusieurs types de catastrophes pourrait augmenter la capacité globale à absorber les pertes.
Autrement dit, lorsque le risque devient trop grand pour être mutualisé entre individus, il peut être mutualisé entre assureurs, territoires et États.
L’assurance pourrait aussi devoir agir avant le sinistre
Cette évolution pose une autre question : l’assureur peut-il continuer à intervenir principalement après la catastrophe ?
Lorsque les événements deviennent plus fréquents, prévenir les pertes devient économiquement aussi important que les indemniser.
Renforcer un bâtiment contre les inondations, adapter les infrastructures, mieux informer les populations exposées ou encourager certains comportements peut directement diminuer le coût futur des sinistres.
EIOPA travaille d’ailleurs sur la manière dont certaines mesures d’adaptation pourraient être mieux prises en compte dans le cadre prudentiel européen.
Le rôle de l’assureur pourrait ainsi évoluer : moins seulement réparer après le risque, davantage contribuer à le réduire avant qu’il ne se matérialise.
Les pics de sinistres sont aussi un défi opérationnel
Lorsqu’un événement majeur survient, le défi n’est pas uniquement financier.
En quelques heures, un assureur peut recevoir un volume inhabituel de déclarations, d’e-mails, de photographies, de justificatifs et de demandes de clients.
La capacité financière à indemniser doit donc s’accompagner d’une capacité opérationnelle à absorber ces flux.
Une demande urgente mal identifiée ou envoyée au mauvais service peut rapidement rallonger le parcours d’un assuré déjà confronté à une situation difficile.
C’est sur cette dimension que des solutions comme Miralia peuvent intervenir.
En comprenant et en qualifiant les messages critiques entrants, sortants ou déjà présents en stock, Miralia aide les équipes à identifier la nature des demandes et à les orienter vers les bons traitements, tout en conservant une logique explicable et contrôlable.
Dans les périodes normales, cela contribue à fluidifier les opérations. Lors d’un pic exceptionnel, cette capacité à comprendre rapidement ce qui arrive devient encore plus stratégique.
Faut-il repenser la mutualisation ?
Le principe de mutualisation ne disparaît pas.
Mais son échelle pourrait changer.
Face à des risques plus fréquents, plus coûteux et surtout davantage corrélés, mutualiser uniquement entre assurés peut ne plus suffire.
La réponse pourrait désormais combiner plusieurs niveaux : prévention, assurance, réassurance, marchés financiers et dispositifs publics.
L’enjeu dépasse donc largement la seule question du prix des contrats.
Il concerne la capacité de nos sociétés à continuer à protéger les particuliers et les entreprises contre des événements qui ne sont plus toujours individuels et imprévisibles, mais parfois collectifs et simultanés.
Et c’est peut-être là le véritable défi de l’assurance de demain : continuer à répartir le risque dans un monde où celui-ci se concentre de plus en plus.